
J’ai honte, car je ne suis pas allée au ciné depuis bien longtemps, mais pour me rattraper j’étais lundi soir au Max Linder pour assister à l’avant-première des 6 épisodes de la série Hard. Vous allez me rétorquer que malgré la projection dans un ciné c’était encore de la TV... Bon d’accord, mais c’était la crème de la crème de la TV !
A tous ceux qui se plaignent de la disparition de la «qualité française», vous savez ce savoir faire un peu plan plan que la Nouvelle Vague a balayé laissant derrière elle une politique des auteurs qui est devenu aujourd’hui la gangrène du cinéma français.
Je vous affirme qu’une nouvelle vague de fictions de qualité arrive, boostée par la qualité incroyable des séries américaines, on y vient peu à peu. Alors oui, il faut oser, il faut accepter de sortir des normes habituelles, il faut sortir des séries sur les policiers, les médecins ou les avocats, il faut des sujets, des idées choc, il faut pousser les murs du bon goût, nous aussi on veut de la provoc !
Aujourd’hui, pour trouver un peu de mauvais esprit, le mieux est de se tourner vers Canal +, cette chaîne fondée sur le modèle de HBO au USA, fait aussi fonction de pépinière de talents. Mais la chaîne cryptée n’est qu’un diffuseur et c’est aussi grâce au flair de producteurs tels que la Parisienne d’Images qui ne cesse de chercher les talents de demain depuis les films faits à la maison et à travers ce format de série originales aux thèmes entièrement libres la Nouvelle Trilogie.
Sous le haut parrainage d’un Bruno Gaccio (La Fabrique), moins énervé qu’il ne l’était du temps des Guignols, mais tout aussi pugnace. On sent qu’il a pris de la bouteille, quelques cheveux blancs qui lui donnent un faux air de Clooney et surtout l’ambition de travailler vraiment sur l’écriture de projets de fiction avec des auteurs certes débutants, mais au talent déjà bien affirmé.
Pour la série HARD je leur tire mon chapeau. C’est une série originale, osée, un brin racoleuse mais c’est pour la bonne cause car elle est surtout très intelligente et drôle. Une série sur
l’univers du porno réalisée et écrite par une femme, Cathy Vernet et dans laquelle on sent tout au long se développer une thématique particulière liée a l’émancipation des femmes. De
femme au foyer assez bourgeoise, notre héroïne est propulsée chef d’entreprise suite à la mort accidentelle de son mari. A la tête d’une société à son nom (Sophix) qui vend du porno, elle va en
découvrir les codes puis les briser. Elle va surtout explorer les terres encore vierges des fantasmes féminins, largement sous-représentés dans l’univers du Hard.
C’est là que ça décolle, quand on se met à explorer les paradoxes incroyables des fantasmes féminins : «je veux me faire violer dans un parking et aimer ça, mais surtout il faut que le mec soit bien crade !» La force du projet, c’est de mêler un ton délibérément comédie romantique à l’univers hyper codifié, cru et hilarant de la fabrication de films porno (ha les indications de jeu du réal, j’adore). Parmi les différentes lectures de la série, j’ai particulièrement aimé toutes les références à la production de films (par forcément porno) du choix du scénario au travail avec les acteurs (mention spéciale au guest Denis Podalydes), les différents aspects de cette industrie sont abordés avec brio. J'affirme qu'à la Parisienne d'Images ils s'y connaissent en production, car ces 156 minutes de programme ont été tournées en 4 semaines (un record d'efficacité). Pour mémoire un long métrage de 120 minutes, c'est au minimum 8 semaines de tournage. La qualité de l'image, de la lumière et de la mise en scène n'ont rien à envier à l'image des séries "à l'américaine".
What else ? Pour plus de détails, n’hésitez pas à regarder la série, la diffusion commence Vendredi 9 Mai sur Canal. Ne la ratez pas, il n'y a que 6 épisodes dans cette première saison, mais je crois qu'une seconde est déjà en écriture (à confirmer).